Les dessins de Dix Dinos, numérisés, forment un album de coloriage sur mesure, pour remettre en couleurs les animaux du Jurassique – et peut-être d’autres ères, l’ensemble n’a pas de vocation documentaire…
N’hésitez pas à imprimer le document disponible ci-dessous au format PDF, en adoptant un format paysage. Il restera ensuite à découper le long des bords de l’image, ainsi que le long de la ligne supérieure, le cas échéant.
Parmi les dinosaures à colorier, le diplodocus, le tyrannosaurus rex, le stegosaurus, le pterodactylus, l’ankylosaurus ou encore le parvicursor. Au total, 14 dessins à mettre en couleur sont disponibles.
Fier membre de la génération Jurassic Park, j’ai toujours été fasciné par les dinosaures. Je voulais les dessiner de manière simple, peu détaillée, pour un petit album colorisé, sans histoire.
Dix Dinos a été créé entre novembre 2024 et janvier 2025, sur un carnet de voyage 19 X 20 cm, sur un papier 300g/m2. Il compte 13 pages, sans compter la couverture. Pour ajouter un peu de variété et d’interactivité, j’ai découpé le haut de certaines pages afin de faire apparaitre, petit à petit, un décor.
L’ensemble a été réalisé avec des stylos à encre pigmentée et des crayons de couleur, ainsi qu’une planche de balsa et un feutre pour les lettres en relief de la couverture.
Si vous le souhaitez, il est possible de mettre en couleur les dinosaures de Dix Dinosavec l’album de coloriage, qui en reprend toutes les illustrations.
Un entretien paru en février ou mars 2014 dans Coup d’Oreille.
Le Millésime 1 de Soul Square n’a pas vraiment eu le temps de vieillir, et un successeur est déjà en bouteille. Au sein de la boîte de distribution Musicast, quelque peu chamboulée par des travaux, Arshitect, PermOne et Guan Jay, soit Soul Square presque au complet (ne manque qu’Atom), ont retrouvé Jeff Spec pour présenter le deuxième volume de leur série commune avec des emcees.
Quel est le concept derrière la série des Millésimes ?
Arshitect : Assez simple : nous nous sommes rencontrés aux Alcooliques Anonymes… Non, nous avons pensé mettre en avant un emcee sur chaque Millésime, comme s’il s’agissait d’un grand cru, d’un alcool de qualité, avec une belle bouteille, différente pour chaque rappeur selon qu’il vienne du Canada, des États-Unis, de France… L’étiquette sur la bouteille, plus graphique, dépend de mon inspiration. Au départ, des graphistes devaient nous les dessiner, mais finalement je m’en charge moi-même, pour proposer une pochette dans la pochette. Pour les versions collector, on a poussé ce truc du grand cru jusqu’au bout, en y ajoutant des sous-bocks.
À quoi correspondent ces interludes qui rythment chaque Millésime ?
Arshitect : Au départ, nous avions pensé ce projet selon un format vinyle, qui est très limité, à 15 minutes environ par face, sinon le son est crade. Nous sommes finalement resté sur 6 morceaux avec le rappeur, et avons eu l’idée d’intercaler des interludes majoritairement jazz, où nous partons du même sample chacun et faisons notre propre version. Pour le premier Millésime, on est parti d’un sample que j’avais choisi, pour Millésime 2, c’est PermOne qui a choisi, et le 3, ça devrait être Guan, s’il est gentil. Ces exercices sont aussi un hommage au sampling : montrer qu’avec la même matière, on peut parvenir à 4 morceaux différents.
Ce Millésime 2 s’est-il organisé de la même manière que le premier ?
Arshitect : Pour le Millésime 1, c’était différent, puisque Racecar habite à Paris : on avait pu tout enregistrer chez Atom. Là, avec Jeff au Canada, il était plus pratique de travailler à distance, d’autant plus qu’on vient tous les quatre de coins assez différents. Pour composer de la musique sur des machines, ce travail à distance n’est pas vraiment gênant, ce n’est pas comme un boeuf où chacun doit venir avec son instrument.
PermOne : Il y a une grosse part de bidouille, d’essais, ce n’est pas évident de faire ça en live. C’est vraiment du travail de studio, il faut être posé. Généralement, on part de beats, d’ébauches de prod que chacun fait de son côté, avant de faire une sélection que nous proposons au emcee. Lui va valider les beats qu’il kiffe et poser dessus un projet assez rough sur ces beats. On revient alors travailler sur chaque morceau : si c’est une prod à moi, je vais travailler les arrangements par rapport aux lyrics de Jeff, si c’est une prod à Guan, pareil… Et ensuite, on exporte toutes les pistes en séparé, et Jeff enregistre de son côté.
Guan Jay : Chacun apporte sa pierre à l’édifice, on retravaille la version de l’autre, on ajoute des éléments… Et ensuite, il y a quand même Atom qui ajoute sa pierre à l’édifice, en posant des scratchs, des cuts… Il nous renvoie ça, on valide ou pas, il y a une nouvelle discussion. Une fois qu’on est content de la version définitive, elle part au master.
PermOne : Même les morceaux plus instrus qu’on a pu faire en commun, sur Live & Uncut par exemple, on ne s’est jamais vraiment réunis à un instant T pour bosser sur tel morceau, on a chacun taffé de notre côté et apporter les éléments petit à petit, il n’y a pas eu de vraies réunions.
Arshitect : Je me souviens, « Love Break » par exemple, c’est un morceau qu’on avait fait très vite pour pouvoir le sortir sur le maxi vinyle en inédit [sur First EP]. On l’a fait uniquement par Internet, on ne s’est jamais rencontrés. Même les musiciens présents sur la piste ont enregistré de leur côté, et ont envoyé les pistes.
Jeff Spec : C’est en trois étapes : généralement, je recevais un mail avec trois beats, et je choisissais celui que je préférais. Nous avons équilibré ensuite pour que chaque beatmaker ait peu ou prou le même nombre de prods. Une fois que je leur ai renvoyé, ils s’occupent de la «postproduction», c’est à dire un peu plus de travail sur le beat pour qu’il s’accorde bien à ce que j’avais écrit.
Le premier titre de ce Millésime 2, « Jeff Zep », annonce-t-il un album plus « rock » ?
Guan Jay : Au niveau des beats, nous avons fait des propositions à Jeff, mais c’est lui qui a fait les choix. Je pense que ce côté un peu différent vient surtout de lui. Il kiffait peut-être moins les sons jazzy, qui étaient très présents avec Racecar, pour un résultat qui fait plus soul-rock.
PermOne : Et, du coup, l’album est vraiment au goût du MC.
Arshitect : Nous ne nous sommes pas dit « Tiens, on va mettre du rock sur ce Millésime », nous avons vraiment proposé beaucoup de choses à Jeff. Nous ne prévoyons pas vraiment la couleur de l’album ou la réception du public, sauf pour les instrumentaux. Pour le prochain album, je pense qu’on se posera plus la question de savoir ce qu’il faut à tel ou tel moment, si une respiration est nécessaire, ou pas…
Jeff, comment avez-vous établi le contact avec Soul Square ?
Jeff Spec : D’habitude, je produis la majeure partie de mes albums, mais je n’aime pas ce côté autocentré, et il y a donc toujours 2 ou 3 autres producteurs en plus. Je fais généralement entre 1⁄3 et 90 % de mes albums, en laissant toujours de la place pour d’autres producteurs : Moka Only, e.d.g.e., par exemple. Le Canada regorge de producteurs talentueux… Soul Square ont vu la vidéo pour Specnology, de mon dernier album, et m’ont contacté sur Facebook. J’ai écouté leurs sons, ils m’ont expliqué le principe des Millésimes, et j’ai toujours aimé la façon dont la France et l’Europe approchaient la musique. Comme un art qui serait intemporel, à l’opposé de la façon dont tout le monde consomme de la musique, à présent. Je peux encore écouter un album de Rakim et me dire « Putain ! T’as entendu ça ? » Les chansons sont comme les gens : elles grandissent et changent, et ont toujours quelque chose en plus à nous apprendre. Et c’était surtout une incroyable opportunité de pouvoir travailler avec des artistes français.
D’où venez-vous, chacun ?
PermOne : Arshi et moi, nous habitons en région parisienne. Guan il est à Nantes, Jay Crate, notre DJ de scène, aussi. Et Atom à Bruxelles. Donc nous sommes un peu éparpillés.
Mais vous vous êtes rencontrés dans les coins de Nantes ?
Arshitect : J’ai vécu 8 années à Nantes, j’ai passé une partie de mon enfance là-bas et j’y ai fait mes études supérieures.
PermOne : J’ai fait mes études à Saint-Nazaire, j’ai habité à Vannes, à Rennes, et c’est à cette époque qu’on s’est connecté.
Arshitect : Nous nous sommes rencontrés à Nantes, mais n’y avons pas vraiment profité comme lieu de concert, car nous étions déjà partis chacun de notre côté. On en a plus profité avec cette grande famille qu’il y a autour du groove, avec Hocus Pocus, Tribeqa, C2C et d’autres… Tout le monde se connaît, on s’invite tous sur les projets des uns et des autres, et cela permet d’avoir une multitude de talents à portée de main.
Guan Jay : On dit que le monde est petit, et Nantes c’est encore bien plus petit. Même si les styles de musique sont différents, tous les zikos se connaissent. Même avec les gars de Hocus Pocus, les connexions se faisaient facilement, on les connaissait depuis longtemps. Il y a vraiment un bon groove nantais, je crois.
Dont C2C serait devenu le représentant le plus populaire ? Comment gérez-vous la situation avec Atom ?
Arshitect : Atom, c’est vraiment son métier, quand nous avons chacun des boulots à côté. Au moment de bosser sur Millésime 2, il devait faire des Zénith avec C2C : il doit faire des choix, de toute façon. 8 mois à l’avance, pour Millésime 2, il nous a donc prévenus sur ses disponibilités. Pour les concerts aussi, c’est rare qu’il puisse venir.
Guan Jay : Dans tous les cas, on fait avec cette situation, elle ne nous empêche pas de travailler.
Arshitect : Oui, cela fait maintenant 8 ou 9 ans que l’on bosse ensemble. Il comprend notre son, et travailler avec un autre ingénieur son, ce ne serait pas possible. En termes de scratchs, c’est aussi difficile de trouver mieux. Autant avant, nous avions des idées précises, donc il fallait quelques ajustements, autant maintenant, il sait pratiquement directement ce qui nous plaît.
De gauche à droite : Arshitect, PermOne, Jeff Spec, Guan Jay
Jeff, comment est la scène hip hop du Canada ?
Jeff Spec : Le hip hop n’a que 40 ans, et le Canada est très proche de l’endroit d’où il vient. Sa naissance au Canada a donc été presque simultanée. Il est possible de trouver du hip hop de Toronto qui remonte aux débuts des années 1980. Depuis, la scène a bien grandi, et il y a ceux qui font du hip hop pour qu’il reste dans les mémoires, et d’autres pour qu’il passe à la radio, ce qui est aussi défendable. Il y a beaucoup de demandes en tout cas, et il est possible de monter une tournée de 40 dates seulement au Canada.
Et la distribution avec Musicast, ça marche ?
Guan Jay : Ça va, on vient de finir le carrelage…
Arshitect : On a atteint de bons chiffres de ventes avec le premier volume, et ceux du deuxième ne devraient pas être inférieurs. Nous avons écoulé les 1000 vinyles collectors, et il ne reste plus beaucoup de digipack. Pour Millésime 2, nous n’avons fait que 500 vinyles collectors et 1000 standards, parce que 1000 collectors, c’était un peu dommage d’en faire autant.
Pour le moment, Soul Square et le beatmaking, c’est encore un peu juste pour gagner sa vie ?
Guan Jay : Il y a cette possibilité d’intégrer plusieurs groupes qui peut faciliter les choses. Mais il faut soit énormément tourner, ou énormément vendre, pour en vivre.
Arshitect : Ceux qui sont tous seuls sur scène. Parce que nous on est 5 ou 6, il faut séparer le cachet. Pour partir aux États-Unis, il faut aussi payer 5 ou 6 billets d’avion, les types prennent pas le risque pour un groupe qui n’est pas si connu que ça.
À propos des États-Unis, pourquoi si peu de prods avec des emcees français ?
PermOne : On a quand même les prods avec Fisto et Micronologie.
Arshitect : L’album avec Fisto, on le kiffait, on a vraiment bossé dessus. Mais il n’a tellement pas été suivi que ça nous a mis une petite claque au niveau du hip hop français. Enfin, pour moi en tout cas.
Guan Jay : Au niveau de la culture hip hop en elle-même, il faut dire que le côté anglophone fonctionne peut-être un peu mieux que le côté français, où lorsque l’on dit hip hop, c’est tout de suite rap. Et les gens n’ont pas forcément une image très positive de ce que «rap français» signifie, malheureusement. Mine de rien, le emcee anglophone parle plus facilement aux gens. Paradoxalement.
PermOne : Lors de la conception de Live & Uncut, on a pu comparer aussi, puisqu’on voulait mêler MC français et MC à l’international, qu’ils soient américains ou suédois. Les MC français, il fallait tout le temps les relancer, alors qu’avec Jeff, par exemple, aucun problème.
Millésime 2 fait revenir Racecar le temps d’un featuring, c’était une première ?
Jeff Spec : Effectivement, je n’ai rencontré Racecar qu’aujourd’hui. Mes potes et moi, nous le surnommons «Frank Sinatra», qui fut le premier à enregistrer sur de la musique qui n’était pas jouée en même temps, dans la même pièce que lui. Nous avons appliqué le même processus que pour les autres tracks, sauf que j’ai laissé de l’espace à Racecar. Il est très expérimenté, comme moi, et en découvrant mon texte, il a tout de suite su ce qu’il fallait écrire. C’est toujours bien d’être le deuxième sur un featuring, parce qu’on peut se caler sur l’autre et le dépasser, mais il a fait un très bon boulot, en poursuivant ce que j’avais commencé. Il a beaucoup de dextérité, ses jeux de mots sont hyper intelligents.
La version numérique du Millésime 1 proposait un remix de « My Home », vous allez retenter l’exercice pour le volume 2 ?
Arshitect : Ce remix est un faux, Racecar avait posé sur cette prod, mais elle avait été écartée lors de la sélection finale. J’ai refait entièrement la prod, qui a finalement mené sur le clip et la version de l’album. Pour ce Millésime, nous avons déjà 8 morceaux à la base, Et un remix n’est donc pas prévu, a priori. Nous voulions ressortir une Fresh Touch Vol. 2, avec des remix, mais on ne l’a pas fait. Récemment, on a remixé Electro Deluxe, PermOne l’a géré.
PermOne : Ça changeait du remix classique, où tu prends la voix d’un rappeur a cappella, où c’est 3 X 16, n’importe quel beat pourrait limite passer. C’est un autre exercice. J’ai trouvé assez rapidement le sample qui collait, et l’ensemble était cohérent.
Justement, vous avez des techniques particulières pour les recherches de sample ?
Arshitect : Pour le sample, c’est simple : tu as énormément de chance, ou pas. J’avais vu une anecdote sur Primo et le morceau « Nas is Like », un classique en termes de beat, et il était à deux doigts de jeter le vinyle, il a décidé de l’écouter quand même, et voilà ce que ça a donné. Pour Millésime 2, Perm a samplé du rock, ce que l’on fait moins souvent.
PermOne : Nos références vont quand même rester la soul, le jazz, la funk, en grande majorité.
Guan Jay : Et pour trouver les sons, il y a un peu de tout, vinyle, MP3, CD…
Arshitect : Ça peut même être de mauvaise qualité : Atom rattrape presque tout ! S’il fallait acheter un vinyle pour chaque sample, ce serait encore plus dur pour boucler les fins de mois…
Entretien réalisé le 11 février 2014, chez Musicast.
Une interview publiée en juillet 2014 dans Coup d’Oreille, qui me rappelle surtout l’ambiance particulière des concerts dans les péniches du XIIIe arrondissement, sur le quai près de la BnF…
MC/DJ : la formation originelle du hip hop, comme la musique elle-même, a évolué avec les années. Le trio Sax Machine, avec Guillaume au saxophone, Pierre au trombone et RacecaR et Jay-Ree qui se relaient à la place du emcee, vient remettre un peu de désordre, à grands renforts d’improvisation.
Quand on les voit monter sur scène, c’est la surprise : pas de platines, pas de batterie, on sont les beats et drums sur lesquels se casser la nuque ? Pour autant, Sax Machine ne manque pas d’air : le duo Pierre et Guillaume s’est d’abord approché de Jay-Ree, MC singjay, pour l’EP Reloop, en 2012, avant de travailler sur Speed of Life avec le précédent et RacecaR, MC de Chicago, heureux parisien depuis quelques années.
Leur histoire commence à Rennes, ville natale du duo de « soufflants » et d’un autre groupe atypique, Soul Square. C’est d’ailleurs Arshitect, de la formation, qui met en contact tout ce petit monde après le volume un de leur Millésime. « Nous avons rencontré RacecaR à la maison, et, sans se connaître, nous sommes partis dans une séance d’impro qui a duré toute une journée », se souvient Guillaume, aux saxophones baryton et alto.
Une première expérience qui va finalement faire office de méthode de travail : si l’enregistrement du premier album Speed of Life s’est effectué selon des canons plus traditionnels, avec écriture et production suivie, l’improvisation préside aux séances. « On aime ce principe du live éphémère, quand la musique préside vraiment la session, ce côté spontané permet de ne pas se sentir seulement exécutant en live, mais créateur », explique Pierre, au trombone.
RacecaR
Quand à RacecaR, désormais bien connu sur la scène française, voire européenne, il a des années de pratique derrière lui : « J’ai écrit mes premiers textes après le lycée, en 1987 : beatboxing, turntablism, break, graff, j’ai tout expérimenté jusqu’à me spécialiser en tant que MC. » Un passage par toutes les facettes du hip hop, qui donne, à l’écoute du rappeur, la sensation d’une aisance non feinte : en live, Sax Machine démarre au quart de tour.
Si la pratique est marquée par cet aspect récréatif, la technique est des plus sérieuses : « Nos instruments ne sont pas harmoniques, et on ne peut jouer qu’une seule note à la fois », explique Guillaume. L’absence de drums ne les a pas arrêtés : chacun doté d’une série de pédales, les musiciens enregistrent leurs propres notes avant de lancer des boucles pour s’autoaccompagner, et construire au fil du morceau un système complexe. « Il faut faire vivre ses loops, et faire le DJ pendant que l’autre s’occupe des chorus, jongler entre les places de riffeur et de soliste… », détaille Pierre.
Une gymnastique musicale qui tient tout le groupe en forme, hors des figures imposées du genre : quand les musiciens superposent les loops, RacecaR se joue des syllabes sans balbutier. Après des collaborations avec Modill et K-Kruz, ce dernier s’est exilé en Europe en 2010 où il a pu entretenir son amour du hip hop « en découvrant d’autres styles de musique, hors des États-Unis », en gardant cet appétit pour les performances avec des musiciens live, qu’il avait déjà développé aux US avec 4 groupes différents.
Les instruments à vent de Sax Machine charrient celui de la Nouvelle-Orléans : Guillaume et Pierre, dévoués aux cuivres, ont fait le déplacement jusqu’à la ville de Louisiane, au Sud des États-Unis. « Les dimanche, à tour de rôles, les associations de quartiers, les second line, organisent des défilés dans les rues, avec un marching band suivi par des centaines de personnes, qui trimballent des barbecues à roulettes, des glacières », se souvient Guillaume. « Ils ont tout capté, ils jouent avec leur coeur et les gens dansent dans les rues », complète Pierre.
« À la Nouvelle-Orléans, les ghettos sont dans les centres-villes, et restent des quartiers chauds, très pauvres. Les second lines permettent aussi de faire le lien entre les différentes communautés, même si cela n’évite pas les fusillades occasionnelles », détaille Pierre. Blues, jazz moderne, musiques caribéennes, vieux standards et hits radiophoniques mélangés, et surtout l’amour de la musique, dans la façon dont elle s’échappe des instruments : il reste de l’ivresse néo-orléanaise dans les rythmes de Sax Machine.
Un article publié en octobre 2014 dans Coup d’Oreille. J’écoutais énormément de hip hop à l’époque, poussant assez loin ma recherche de morceaux méconnus. Cette playlist comprend quelques albums essentiels, et pas toujours les plus évidents…
Quand bien même ils n’ont pas été mis en avant comme ceux des autres genres, les albums concepts ont essaimé comme les oinj’ dans les backstages d’un concert de Snoop Dogg. À la base, si l’on considère qu’un album concept est un album qui lie entre eux tous les morceaux, autour d’un thème ou d’une histoire, alors il faudrait plutôt chercher les oeuvres du hip hop… qui n’en sont pas. Du coup (d’oreille), on vous a sélectionné uniquement les meilleurs.
Avec tous les coups de téléphone enregistrés sur les skeudis de rap, les maisons de disques ont dû s’en sortir avec une facture de téléphone à rallonge… De A Tribe Called Quest à Dr Dre, de Eminem à Nemir, rares sont les artistes dont les albums ne comprennent pas au moins un passage téléphonique (et pas téléphoné). Restez en ligne, le concept album demande de l’attention.
Vous savez qu’un skit n’est pas un bonbon ou la nouvelle drogue du rap. Pratiquement tous les albums du genre font apparaître un de ces interludes : une rencontre entre potes, une discussion, ou encore un coup de téléphone permettent de faire entrer l’auditeur dans un quotidien du rappeur, mis en scène ou réel, qui en modifie considérablement la réception. L’album concept du hip hop est donc particulièrement cohérent, résolu dans son pari.
Deltron 3030 — Deltron 3030 (2000)
À tout seigneur, tout honneur : aidé par les sons de Dan the Automator et Kid Koala, Del se transforme en Deltron Zero, le dernier rappeur vivant sur une terre désolée, en proie à une dictature impitoyable… Damon Albarn, et Gorillaz, ne sont pas loin, et le rappeur saura leur rendre la pareille sur des albums de l’autre superformation des années 2000. 13 ans plus tard, l’équipe derrière Deltron 3030 récidive avec Event II, suite de la saga…
IAM — L’école du micro d’argent (1997)
Alors que les fans de hip hop trépignent en attendant le troisième album d’IAM au tournant, la formation de Marseille surprend son monde avec un album plus qu’ambitieux pour l’époque. Une esthétique bien définie, qui s’inspire largement du premier album du Wu Tang Clan, des textes écrits avec le sang des cités comme encre de Chine et l’incroyable « Demain c’est loin ». Un album d’apprentissage, douloureux.
Kool G Rap — Roots of Evil (1998)
Que tous saluent le Mafioso rap : le Queens prend des airs siciliens, et la misère fait monter la température. Kool G Rap a réuni sa famille (les producteurs Dr. Butcher et CJ Moore) et rejoue Le Parrain dans les rues de New York. Imprégné des airs d’Ennio Moricone et de la fumée des pistolets encore chauds, Roots of Evil dépeint de façon hardcore le parcours du mafieux. Du dérapage à la vengeance, en passant par un enterrement…
Première Classe — Volume 2, Les face à face (2001)
Pour le deuxième pressage d’une compilation Première Classe, DJ Poska y introduit un concept : les face à face. Si les textes développent chacun leur sujet de manière indépendante, les confrontations donnent lieu à des expérimentations convaincantes. L’échange de flow de Busta Flex et Disiz La Peste, le voyage dansant de Ben.J et Daddy Mory, l’assaut de L’Skadrille et K.Ommando Toxik… PC ultrapuissant, sans histoires.
Dr Octagon — DR. Octagonecologyst (1996)
Si le début de l’album met en confiance en présentant le cabinet du Dr. Octagon, la suite de l’album referme la porte sur un univers malsain et glauque. Dr. Octagon a les yeux jaunes, une peau qui tire sur le vert et le brun, une coiffure afro colorée en rose, et son cerveau… change de couleur comme une guirlande électrique, jaune-noir-rouge-vert-violet. Derrière le chirurgien et gynécologue se cache le rappeur Kool Keith, qui tuera son personnage dans First Come, First Served, album de Dr. Dooom.
Oxmo Puccino — Opéra Puccino (1998)
Ok, le concept n’est pas vraiment flagrant. Mais le premier album d’Oxmo Puccino, introuvable depuis une fulgurante rupture de stock, suscite le respect comme une oeuvre totale : le texte de « Black Cyrano de Bergerac », les beats de « Sortilège », le final de « Mourir 1000 fois », autant d’éléments indissociables d’Opéra Puccino. Album sans fautes, qui te scotche au fauteuil, sans scène. Une dinguerie en huis clos.
Prince Paul — A Prince Among Thieves (1999)
L’album concept poussé à l’extrême : un jeune rappeur nommé Tariq doit récupérer l’argent nécessaire pour un enregistrement avec RZA, leader du Wu-Tang Clan. C.R.E.A.M. : le jeune emcee s’enfonce avec son pote dans les marasmes du recel de drogue… 35 pistes, 19 skits, 1 parodie d’Ice Cube, et des concurrents à terre. Prince Paul change son deuxième album en classique, au milieu d’une trilogie de concepts (précédé par Psychoanalysis : What is It ?, suivi par Politics of the business).
K.Ommando Toxik — Retour vers le futur (2005)
Deuxième salve de K.Ommando, qui salue ici ses productions favorites dans un album de reprises, avec invités. Akhenaton, Dossey, Rockin Squat viennent le seconder, tandis que Booba, Radwan ou Labo 6 mènent leurs propres reprises. Des reprises rares, aussi valables que l’original, réinterprétant chaque titre jusqu’à en modifier certaines paroles.
Kanye West — My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010)
S’il y en a un qui devait faire un album concept, c’était bien Kanye West. Alors, certes, l’histoire ne vole pas bien haut, ultime variation de l’amour extraterrestre incompris, mais Kanye se taille un rôle dramatique à sa mesure, épique et parfois pathétique. Un court-métrage fut d’ailleurs réalisé par le rappeur, parallèlement à l’album : sympathique, difficile d’y voir un Citizen Kanye, tout de même.
The Avalanches — Since I Left You (2000)
Une expérience unique, de celles que l’on ne fait vraiment qu’une fois : Robbie Chater et Darren Seltmann (aka Bobbydazzler) s’échangent leurs samples préférés, découvrant de nouvelles manières d’écouter la musique. Au final, Since I Left You contient près de 3.500 samples, de François Hardy à Raekwon, tous prélevés sur vinyles. Un mélange d’époques, de sonorités, et la félicité. Le concept, clair comme du cristal.