
Le motif de la danse macabre me fascine depuis longtemps. Graphiquement, d’abord, puisqu’il représente systématiquement la mort sous les traits d’un squelette plus ou moins décharné, plus ou moins doté d’attributs symboliques (comme la faux). Or, le corps humain réduit à sa plus simple structure ne cesse de m’interpeler, depuis la découverte de l’horloge astronomique de Strasbourg, en passant par un intérêt très juvénile pour les pirates et leurs pavillons les plus macabres.
Au-delà de cet intérêt visuel, la danse macabre renferme une charge politique rare : le squelette tourne souvent autour de figures aussi craintes que respectées. Un baron ou seigneur local, un évêque, voire un roi ou un pape. Comme le fait d’une autre manière le carnaval, la danse macabre perturbe ainsi les hiérarchies et les inégalités produites par les inégalités, en tournant en dérision la vanité des puissants, en les ramenant à leur condition de mortels. Bien sûr, il serait naïf de croire que le trépas garantisse l’égalité : tout comme les conditions de vie, celles d’agonie ou de considération post-mortem sont bien différentes d’un individu à l’autre. Mais la mort a néanmoins ce caractère absolu : elle finit par tout prendre.
Exutoire à l’attention des grands de ce monde, la danse macabre cultive aussi cette approche humoristique pour dédramatiser la mort elle-même. Son sourire narquois édenté l’humanise, en quelque sorte, la rend presque sympathique, parfois un peu moins cruelle.

Enfin, sur un plan à la fois philosophique et prosaïque, la danse macabre rappelle tout simplement l’humain à sa finitude, à l’absurdité de ses aspirations et à sa vanité.
J’ai commencé à travailler sur La mort s’acharne en cours d’année 2024 – même si une des illustrations a commencé à exister bien des années auparavant, en 2016 ou 2017. Le travail de Walter Draesner, découvert à l’occasion d’une exposition au Palais Rohan, à Strasbourg, en 2016, a inspiré La mort s’acharne dans son ensemble, où l’objectif était de placer la danse macabre dans un contexte contemporain.

Afin de ne pas (trop) multiplier les aberrations dans la représentation anatomique, j’ai suivi des cours, pendant quelques mois, à l’Atelier des Nouveaux Arts de Nantes. Les dessins ont été réalisés au crayon à papier puis encrés à l’aide de feutres à l’encre de Chine (pour ses oeuvres, Walter Draesner avait recours au papier découpé…).

La police de couverture est une création personnelle, celle des pages intérieures est Aktura Regular, de Gaetan Baehr, disponible sur BeFonts. Le premier tirage du livre a été réalisé par Nancy Sulmont (Le petit jaunais), avec qui j’ai décliné La mort s’acharne en petit calendrier 2026.

La reliure du livre a été cousue main, avec insertion d’un os modelé en pâte polymère.

